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Développement agricole International: Quelle place pour la jeunesse?

J’ai eu 40 ans récemment. Je vous rassure : ça s’est très bien passé. 

Toutefois, au sein de la communauté YPARD, je passe d’un coup du statut de « jeune » à celui de « vieux ». De plus, je viens de changer de travail. Après dix-sept années à œuvrer pour le développement et les politiques agricoles aux niveaux national et international, je suis à présent le responsable d’une équipe de vingt-huit collaborateurs qui instruisent les demandes d’aides de dix-mille agriculteurs dans une administration de l’Etat déconcentrée sur un territoire local.

Je souhaitais faire un point à cette charnière de ma vie professionnelle sur la place des jeunes dans les différentes organisations avec qui j’ai collaboré jusqu’à présent. En particulier, j’ai déjà fait part sur ce blog des différentes façons de définir un « jeune agriculteur » dans différents pays. De même, j’ai remarqué lors de cette première phase de ma carrière professionnelle que, selon le contexte socio-culturel, il était plus ou moins facile pour les jeunes experts talentueux de se démarquer, d’être reconnus, et d’être valorisés ou promus.

Mon expérience des organismes européens est plutôt favorable aux jeunes professionnels. J’ai travaillé pour le gouvernement français et pour un centre de recherche français pour le développement agricole international. J’ai effectué des recherches dans une université britannique et j’ai tenté plusieurs fois de me faire recruter par le gouvernement du Royaume-Uni. J’ai aussi collaboré avec des institutions néerlandaises.

A chaque fois, j’ai senti que les jeunes avaient la possibilité d’être force de proposition, de valoriser leur expertise. Dans mon cas particulier, j’ai pu mener à bien les projets dont j’avais la charge de façon autonome et me voir attribuer directement la récompense liée à du travail bien fait. Cependant, je pense aussi que j’ai eu la chance d’avoir des chefs et directeurs de recherche qui étaient soucieux de mettre en avant leurs jeunes collaborateurs. 

Dans la fonction publique française et britannique, j’ai le sentiment que les promotions et le recrutement se font principalement au vu des capacités démontrées du candidat à opérer de façon satisfaisante, même s’il est aussi primordial de développer son réseau et de se faire connaître des décideurs et recruteurs potentiels pour augmenter ses chances d’être pris sur des postes à responsabilité.

En Asie, je dirais que la place professionnelle des jeunes dans les administrations et les organismes de développement agricole reflète les systèmes socio-culturels de ces pays basés sur le respect des aînés.J’ai travaillé avec de très nombreux et talentueux jeunes partenaires dans de nombreux pays asiatiques. Toutefois, dans certains de ces pays, ils n’étaient souvent pas responsables du projet sur lequel nous collaborions et le crédit pour leur bon travail allait probablement revenir principalement à leur chef. (Le principal moyen de prise d’autonomie était de créer leur propre entreprise privée pour mieux mettre en avant leur expertise et en tirer les fruits.) 

Cependant, j’ai travaillé dans trois pays asiatiques où mes jeunes partenaires étaient tout aussi autonomes et émancipés que moi, sous la supervision bienveillante de nos chefs respectifs. De façon surprenante du fait de leur tradition confucéenne, j’ai trouvé que les milieux du développement agricole en Chine et au Vietnam comportaient de nombreux jeunes professionnels pleinement épanouis et avec des opportunités d’avancement de carrière à saisir. 

Peut-être est-ce lié aux systèmes socialistes tels que mis en place dans ces deux pays. Enfin, dans le petit royaume du Bhoutan, j’ai aussi travaillé avec des homologues de ma génération qui étaient déjà dans des situations d’encadrement de projet ou d’équipe malgré leur relatif jeune âge.

Lors des trois années passées en Afrique, j’ai découvert une absence malheureusement assez généralisée de cadres dirigeants de bon niveau. Je pense que cette situation explique le fait que les jeunes experts et cadres talentueux peuvent être appelés à prendre des postes à responsabilité très rapidement dans leur carrière par manque de concurrence de la part de collègues plus âgés mais moins aptes sur le plan technique. Je dirais que le choix d’une formation universitaire de bon niveau permettra aux jeunes africains de briguer des postes à responsabilité très intéressants dans les domaines du développement agricole sur le continent.

Enfin, j’ai aussi travaillé dans des organisations internationales. Toutes celles que j’ai côtoyées mettaient en avant les principes de droit à l’autonomie et à la juste attribution du travail de chacun des collaborateurs dans les équipes. Toutefois, j’ai pu remarquer que la façon dont les jeunes pouvaient s’y épanouir était aussi liée à la nationalité de leur supérieur hiérarchique. J’ai eu la chance de travailler avec des chefs australiens, britanniques, chinois, français, hollandais ou néo-zélandais : grande autonomie des jeunes. D’autres jeunes collègues travaillaient pour des chefs venant de pays où la culture professionnelle est très hiérarchique : plus de difficulté à s’épanouir au travail. 

Au fur et à mesure que j’ai avancé dans ma carrière, j’ai pris de plus en plus de plaisir à être le tuteur de jeunes professionnels débutants afin de les guider pour acquérir de plus en plus d’autonomie comme on m’en avait laissé, même si je voyais que c’était parfois difficile pour certains d’entre eux du fait de leur système socio-culturel habituel. J’espère pouvoir continuer à effectuer ce rôle de tuteur pour des jeunes experts et professionnels du développement agricole.

Cependant, mon défi professionnel principal à présent est de me retrouver le chef d’une grande équipe de collègues qui connaissent bien mieux leur sujet que moi, et qui, pour beaucoup d’entre eux, ont bien plus d’années d’expérience professionnelle que moi. C’est donc un tout autre métier que je dois à présent maîtriser, celui du manager. 

Blog de Jo Cadilhon, Chef de Service - Produits et Economie Agricoles, Direction Départementale des Territoires et de la Mer des Pyrénées-Atlantiques, France. Les opinions exprimées sont personnelles et ne peuvent être attribuées au gouvernement français ni à YPARD.

 

Photo credit:  Flickr ILRI/Sara Quinn of CIP